Concours Busoni

busoni-def

 

La musique est née libre; la liberté est son destin.

Ferruccio Busoni, 1907

 

LE PIANO AU XXIe SIÈCLE
Orléans Concours International sélectionne la liste d’oeuvres récentes pour piano pour les finalistes du 61e Concours international de piano Ferruccio Busoni

Fondée par la pianiste Françoise Thinat, Orléans Concours International est une institution française qui, depuis 1994, découvre de jeunes talents qui se confrontent au répertoire contemporain, tout en valorisant les œuvres des XXe et XXIe siècles. Excellence et innovation sont les valeurs qui ont toujours guidé les activités artistiques d’OCI, parmi lesquelles : le Concours international de piano d’Orléans, le Concours international de piano junior « Brin d’herbe », l’enregistrement d’une collection des disques et la commande de nouvelles oeuvres à des compositeurs reconnus au niveau international, en valorisant en même temps les oeuvres de jeunes créateurs. La mission d’OCI, est également de guider et d’accompagner ses lauréats dans leur carrière en organisant des concerts, master-classes, expositions, conférences et évènements autour du répertoire pianistique de 1900 à aujourd’hui. Depuis le première édition de 1994, le Concours international de piano d’Orléans a inséré dans son programme les oeuvres de Xenakis, Ligeti et Messiaen aux côtés de Debussy, Casella et Fauré. Avec une cadence biennale, le Concours est entièrement consacré au répertoire pour piano de 1900 à aujourd’hui, sans aucune censure esthétique, et avec le seul souci de la qualité artistique. Depuis sa troisième édition, le Concours s’est enrichi du Prix André Chevillion – Yvonne Bonnaud (sous l’égide de la Fondation de France). Ce Prix récompense la pièce inedite d’un jeun compositeur jouée par un pianiste candidat ou la pièce d’un candidat lui-même compositeur. Ce Prix a été introduit pour favoriser la recherche des candidats dans le cadre de la création contemporaine et pour les encourager à rencontrer des compositeurs de leur époque. Le premier Prix fut décerné à Unsuk Chin, compositrice coréenne de renommée mondiale dont les études primées au Concours, font désormais partie du répertoire pianistique contemporain.

Vue sa spécificité dans le répertoire contemporain, le Concorso internazionale Ferruccio Busoni, pour sa 61e édition a demandé à Orléans Concours International, la sélection d’une brève liste d’oeuvres pour piano, composées entre 2000 et 2016 pour ses finalistes. Cette collaboration est née grâce à la Fédération Mondiale des Concours Internationaux de Musique, institution qui met en contact les Concours les plus prestigieux au monde en rendant possible ce type d’échanges. Pour des raisons logistiques, la liste ne propose que des oeuvres pour piano acoustique, sans préparation ni électronique. Nous avons sélectionné les oeuvres présentées lors des derniers concours, enregistrées ou interprétées successivement dans les concerts de prestige de nos lauréats. Nous avons aussi proposé une sélection d’oeuvres présentées pour le Prix de Composition Chevillion – Bonnaud. Nous avons choisi de donner un panorama du piano (acoustique) contemporain, le plus international et le plus diversifié possible.

Tous nos souhaits de réussite pour tous ces pianistes qui vont faire face à cette aventure musicale et à la découverte de nouvelles sonorités, ainsi qu’au Concorso Busoni, avec le vœu que cette 61e édition soit aussi mémorable que les précédentes. Rendez-vous en mars 2018 pour la 13e édition du Concours international de piano d’Orléans dont le règlement sera disponible sur notre site internet à partir de novembre 2016.

Isabella Vasilotta
Orléans Concours International
Directrice Artistique

——————————————-

Treize compositeurs de talent, treize œuvres pianistiques passionnantes, voici un magnifique enjeu proposé au choix de jeunes interprètes participant à un des plus grands concours d’interprétation du monde, à leur curiosité et à leur inventivité… car il faut de l’invention, de l’imagination, et beaucoup d’empathie pour entrer dans l’univers d’un compositeur et ces jeunes interprètes ont le privilège de savoir parler, et comprendre des compositeurs disparus depuis quelques siècles. Pourquoi alors ne pas réaliser le même miracle avec des personnalités bien présentes, bien vivantes, et qui nous parlent de nos rêves de nos gouts de nos vies du XXIème siècle ? Bon voyage à tous…

Françoise Thinat
Orléans Concours International
Présidente et Fondatrice

——————————————-

Tout au long de sa vie, Ferruccio Busoni a été un précurseur et un pionnier dans la recherche du nouveau et de l’inexploré. En tel sens il n’a jamais conçu l’activité pianistique comme une pratique utile à soi même mais plutôt comme un instrument au service de l’expérimentation. A cette inclination obéi aussi le choix du répertoire proposé par le Concorso Pianistico Internazionale Ferruccio Busoni, qui réserve l’espace du à la musique contemporaine. Grâce à la constructive collaboration avec le Orléans Concours International qui, avec excellent professionnalisme se consacre à la musique pianistique du 20e et 21e siècle, le 27 finalistes de la 61e édition du Concorso Pianistico Internazionale Ferruccio Busoni pourront choisir entre 13 nouvelles oeuvres pour piano solo, qui présentent une grande variété esthétique et différentes difficultés sur le côté technique. Se confronter à un répertoire qui embrasse le concept de contemporain dans toutes ses facettes est une caractéristique fondamentale pour un interprete qui soit à l’hauteur de son temps. La collaboration avec Orléans Concours International est le premier grand pas dans cette direction.

Peter Paul Kainrath
Concorso Pianistico Internazionale Ferruccio Busoni
Directeur Artistique

OCI remercie toutes les maisons d’édition qui nous ont gentiment aidé à réaliser ce beau projet.

 

Kenneth Hesketh : Three Japanese Miniatures (2002)

Kenneth Hesketh, Three Japanese Miniatures (Royaume-Uni / 2002)
Environ 12 minutes – Editeur : Schott Music
♦ Enregistrement : Clare Hammond, piano – Album : Horae (pro Clarae) – BIS RECORDS (2016)
♥ Prix Chevillion – Bonnaud au 5e Concours international de piano d’Orléans

Le Three Japanese Miniatures ont reçu en 2004, au 5ème Concours International de piano d’Orléans, le prix Chevillon-bonnaux grâce à l’interprétation de Daniel Becker.

«La luminosité des abysses. » C’est avec cet oxymore que je définirais ces Trois Miniatures japonaises dans lesquelles la continuité et l’équilibre du discours musical laissent l’espace à l’imprévu, qu’il concerne le rythme, les dynamiques, le registre ou les articulations. La construction interne de chaque miniature retrace l’attention raffinée du détail d’un Haïku japonais. Justement, détaillée et labyrinthique, sont les adjectifs qu’utilise Kenneth Hesketh pour sa musique. Compositeur anglais, il est connu pour ses œuvres orchestrales et ses collaborations avec les plus grands noms du panorama musical : Sir Simon Rattle, Susanna Malkki, Vasili Petrenko pour ne citer que quelques noms. Professeur de composition et d’orchestration au Royal College of Music de Londres et professeur honoraire à l’Université de Liverpool, il fut entre autres, l’élève d’Henri Dutilleux dont il tire une grande influence sur sa musique, construite sur un juste équilibre entre une solide structure formelle et un discours musical libre. Hesketh étudie et s’intéresse également dans sa musique aux autres arts avec un engouement particulier pour l’architecture classique, l’iconographie médiévale, la poésie ou encore le constructivisme de Bahaus avec une attention plus récente au phénomène de l’entropie, de la mutation et de l’existentialisme.

Les miniatures, dont un des enregistrements incontournables est celui de la pianiste Clara Hammond, utilisent une atonalité polarisée autour d’un cœur où se créent les harmonies, lesquelles réfléchissent les modes qui pourraient d’ailleurs évoquer Dutilleux, Messiaen ou encore Takemitsu. Hesketh déclare le piano comme étant son instrument et c’est peut-être pour cette raison qu’ici, plus que dans n’importe quelle autre œuvre, l’attention prêtée au détail rend l’interprétation de ces pièces ardue, et en fait un « labyrinthe de mystère complexe». Les trois morceaux demandent à l’interprète une attention particulière sur l’expressivité, avec une écriture pianistique plutôt classique, orientée exclusivement sur le clavier plus que sur le reste de l’instrument, toute la gamme chromatique est utilisée comme le sont également tous les registres…L’espace sonore s’ouvre, se referme, s’interrompt avec une intéressante variété d’articulations. La première miniature,  « la musique du Temps », débute avec une série d’accords qui alternent, puis une grappe de notes aigues se développe jusqu’à l’ostinato où se répètent encore des accords alternant entre les registres graves et aigus. Le tout laisse place à un trémolo résonnant qui à nouveau, se déverse sur une série d’accords consonants que créent les petites courbes de crescendo et decrescendo avec, au milieu, des staccato surprenants qui finiront par s’éteindre. La seconde miniature démarre au contraire sur un arpège brillant : le soleil du matin pénètre l’abysse et les notes se font plus claires, se fondant lentement dans l’obscurité. Son sous- titre « il berce les roches » : car comme sur un parcours de rochers qui monte et descend, nous grimpons, attentifs à la chute, à la pierre glissante car ces roches abritent l’eau scintillante de la pluie et à la fin de la pièce, la lumière émerge à nouveau des abysses, touchant le ciel encore une fois. La troisième miniature « Le petit Bumbuku », s’inspire d’un conte folklorique japonais et conclut parfaitement ce cycle avec une forme Scherzo.

(C) Isabella Vasilotta

 

Gerard Pesson : Vexierbilder II (2003)

Gerard Pesson, Vexierbilder II (France / 2003)
Environ 12 minutes – Editeur : Lemoine
♦ Enregistrement : Hermann Kretschmar, piano – disponible sur youtube http://bit.ly/2bVZm1i

Gérard Pesson, après avoir étudié la littérature et la musicologie à la Sorbonne puis au Conservatoire National Supérieur de Paris, a fondé en 1986 la revue de musique contemporaine Entretemps. Il a également été pensionnaire à l’Académie de France à Rome (Villa Médicis) de 1990 à 1992. Il est aujourd’hui professeur de composition au Conservatoire National Supérieur de Paris depuis 2006 et ses œuvres sont jouées en France et à l’étranger par des solistes et ensembles comme l’Ensemble Intercontemporain, l’Itinéraire, l’Ensemble Modern et le Klangforum Wien pour n’en citer que quelques uns.

Le premier cahier des Vexierbilder (1991) (Vexierbild se traduirait par « attrape », « rébus ») exploitait l’idée d’image trompeuse, de référent décalé, se concentrant autour d’un matériau délibérément appauvri. Dans ces trois nouvelles pièces, la musique cherche à se construire autour d’un geste, d’une figuration systématique, d’une forme coupant court à tout développement.

Dans une veine « années de pèlerinage », Rome était la matière des images cryptées des trois premiers Vexierbilder. C’est l’art du poète américain Wallace Stevens qui est au centre de ceux-ci, et plus particulièrement son premier recueil Harmonium (paru en 1923), où il tente de trouver, avec des moyens resserrés, le caractère transcendant inhérent à la musique (Claire Malroux). En somme : remplacer le grand orgue de la poésie, devenu inadapté, par un instrument moins noble en apparence, dont le souffle et la portée naîtraient d’une activité têtue, concentrée mais presque dérisoire.

Pratiquant les rappels sacrés, parfois ironiques, Wallace Stevens (1879-1955), par un jeu de degrés étourdissant de raffinement, a porté au plus haut l’art de faire du neuf avec la mémoire.

Speech of clouds

Deux notes – une simple tierce do-la dans le médium – sont sollicitées par une navette de deux mains qui n’en seraient qu’une, sans chant ni harmonie, et sonnent comme un carillon brouillé. Dans la seconde partie de la pièce, après un court récitatif sorti de silence, ces trajectoires virtuoses, ces fusées d’artificier pour « solo de concert », régressent, « involuent » vers une formule égrenée simplement par les cinq doigts, en ombre, ppppp possibile, comme une trame usée, ou un envers montrant la pauvreté de ses noeuds – et de ses ficelles – sur laquelle, au même endroit du clavier, vient se poser un contre-chant, comme si ces deux mains du médium n’appartenaient plus alors au même corps – invention rebrodée ton sur ton où une voix contrepointe l’autre par soustraction.

Negation

Pièce lente qui revient à cet arte povera cherché dans le premier recueil des Vexierbilder. L’objet harmonique est ici donné dans une grande nudité, comme une anti-figure dont le caractère obvi se retournerait en ambiguïté interrogative, et à partir duquel plusieurs ostinati se construisent, s’épuisent sans développement, écho au poème éponyme de Stevens : Hé ! Le Créateur aussi est aveugle / Qui cherche à bâtir son harmonieux ensemble, / Rejetant les parties intermédiaires, /Les horreurs, les faussetés et les maux, / Maître incapable de toute puissance, / Trop vague idéaliste, submergé / Par un souffle qui persiste.

(c) IRCAM

Matthias Pintscher : On a clear day, for piano (2004)

Matthias Pintscher, On a clear day (Allemagne / 2004)
Environs 8 minutes – Editeur : Uraufführung
♦ Enregistrement : Andrew Zhou, lauréat du 11e Concours international de piano d’Orléans
♦ Enregistrement : Andrew Zhou, piano – album: Vienne et après – TESSITURES (2013)

La pièce On a clear day fait partie de la collection de disques du Concours International d’Orléans. Elle fut en fait enregistrée par Andrew Zou, un des lauréats du Concours International de Piano d’Orléans 2012. Nous reportons ci-dessous le texte descriptif de la pièce écrit spécialement par Luca Dupont pour le livret du disque  » Vienne et après… », édité par le label Tessitures. Une véritable immersion dans la musique allemande.

Originaire d’Allemagne du nord, créateur prolifique pour chaque type de formation, Matthias Pintscher décrit lui-même sa musique comme « un théâtre imaginaire plein de mystères et de secrets qui redécouvre et redéfinit, sans interruption, sa propre sensibilité ». C’est donc directement sur l’imaginaire de l’auditeur et sur de multiples dimensions que le compositeur souhaite mettre à l’épreuve les effets de sa palette sonore, suscitant des alliages pittoresques, en satisfaisant tous les sens et en mettant en perspective du temps vécu, le temps musical. On a clear day est une parfaite illustration de l’esthétique du compositeur : écrit en 2004, la pièce exprime la métaphore du passage des nuages à un ciel serein et elle est dédiée à Mitsuki Uccida. Le morceau, qui porte l’indication « evenly floating and swaying » ( « flottant et en balançant régulièrement »), évoque des images traduites par le biais du niveau sonore, et établit une analogie entre le timbre du piano et les mouvements de l’eau dans l’atmosphère. Dès le premier son, une note harmonique obtenue grâce à la pression du doigt du pianiste sur la corde jouée, la relation entre hauteur et timbre est utilisée afin de rendre musicalement la nature fugitive du nuage dans ses déplacements, dans sa densité et dans ses contours. Les accords eux-mêmes sont utilisés pour leur qualité sonore plus que pour leur propriété harmonique et l’utilisation des notes pivot restitue cette sensation flottante, nous permettant d’accéder grâce à l’écoute, à cette contemplation du ciel dont le mystère permet toutes les suggestions.

(c) Luca Dupont

Vera Ivanova : Aftertouch (2005)

Vera Ivanova, Aftertouch (Russie-USA/ 2005)
Environ 8 minutes – Inédit
♦ Enregistrement: Daniela Mineva, piano – disponible sur Soundcloud http://bit.ly/2bW0qSP
♥ Prix Chevillion – Bonnaud Prize au 8e Concours international de piano d’Orléans

Vera Ivanova naît à Moscou et accomplit ses études de composition au Tchaikovsky State Conservatory de Moscou, à la Guildhall School of Music and Drama de Londres et à l’Eastman School of Music. Professeure à la Chapman University, Vera Ivanova a reçu de nombreux prix et récompenses et ses compositions rassemblent des œuvres pour orchestre, de la musique de chambre et de la musique électroacoustique, jouées en Russie, en Europe et aux USA.

Elle remporte en 2008 le prix Chevillon-Bonnaud grâce à sa pièce « Aftertouch » pour piano acoustique, avec l’interprétation de la pianiste bulgare Daniela Mineva.

Le mot « Aftertouch » est un terme utilisé pour décrire la réponse sonore à la pression d’une touche sur un clavier MIDI. Dans ce type de clavier, l’interprète peut intervenir sur l’amplitude de la fréquence avant l’attaque de la note en variant la pression avec laquelle celui-ci tient la touche enfoncée. Même si cette option n’existe pas sur le piano acoustique, dans lequel le son décline simplement après l’attaque, la richesse et la variété du timbre du piano est de loin supérieur et plus riche de diverses individualités comme sur chaque instrument acoustique. L’exploration de la sensibilité des touches du piano aux divers types de pression ( incluant la pression ne générant pas de son en maintenant la pédale sostenuto enfoncée) est mon interprétation du terme Aftertouch dans cette pièce, s’il est possible de l’appliquer au piano acoustique. D’un autre côté, le titre « Aftertouch » implique l’intention du compositeur de faire porter l’attention de l’auditeur sur la naissance et la mort du son avec une attention spéciale sur les différentes « attacks » et « dacays ». Cette variété et richesse de timbres de l’instrument, cela avec la résonance des sons brefs et soutenus produisant divers effets, ont été l’inspiration majeure de cette oeuvre.

(c) Vera Ivanova

Pour visualiser la partition cliquez ici :
https://www.scribd.com/document/326255100/Aftertouch-for-piano-by-Vera-Ivanova

Esteban Benzecry : Toccata Newen (2005)

Esteban Benzecry, Toccata Newen (Argentine / 2005)
Environ 8 minutes – Editeur : Filarmonica Music Publishing
♦ Enregistrement : Horacio Lavandera, piano – disponible sur YouTube http://bit.ly/2bIFNih

Esteban Benzecry naît en Argentine en 1970 et est un des compositeurs sud-américains les plus talentueux de sa génération. Il s’installe à Paris en 1997 où il complète ses études de composition avec Jacques Charpentier, Paul Méfano et ses études de musique électronique avec Laurent Naon et Luis Cuniot. Dans sa musique plus récente, il essaye de créer une fusion entre les rythmes de la musique latine américaine et les recherches sur la musique nouvelle faites en Europe. Associé à Villa Lobos ou Ginestra pour son amour de la musique folklorique latine américaine, il est programmé et a reçu de nombreuses commandes de grandes institutions comme le Carnegie Hall, la Maison de Radio France et a été en résidence à la Casa de Velazquez (Académie de France à Madrid) de 2004 à 2006. Déjà proposée au Concours international de piano d’Orléans, Toccata Newen a été interprétée par la pianiste chilienne Maria-Paz Santibanez dans le cadre de la saison artistique d’ Orléans Concours International « Les Matinées du piano » à la Salle de l’Institut d’ Orléans.

Toccata Newen est une pièce dédiée au pianiste Horacio Lavandera qui l’interprèta pour la première fois en 2005 au Manuel de Falla concert Hall à Madrid. L’oeuvre commence par une allusion mécanique qui suggère l’énergie (traduction directe du mot Mapuche « Newen »). Les Mapuche sont une population d’indigènes de la Patagonie qui habitent le sud de l’Argentine et du Chili. Avec cette œuvre, le compositeur ne souhaitait pas accomplir une recherche musicologique mais plutôt utiliser les racines, les mythes et les rythmes de cette culture comme source d’inspiration pour développer son propre langage : une sorte de folklore imaginaire. La pièce est construite sur des motifs rythmiques, harmoniques et mélodiques qui suggèrent cette même idée. Au niveau de la structure apparaît une forme ternaire ABA qui débute, comme une danse rapide et sauvage montrant en outre les capacité virtuoses du pianiste. La partie centrale est plus contemplative, et son introduction semble rappeler le Vidala, chant traditionnel du nord de l’Argentine qui résonne dans les registres extrêmes du piano. Après un interlude léger évoquant la paix, le rythme de la danse furieuse initiale émerge à nouveau et continue jusqu’à la fin de la pièce. Dans cette œuvre, le compositeur a recours à un langage minimaliste, atonal et pentatonique ainsi qu’à de nombreux composants de la musique folklorique.

 

Christian Mason : Just as the Sun is Always (2006)

Christian MasonJust as the Sun is Always (Royaume-Uni / 2006)
Environ 8 minutes – Editeur : Babel Scores
♦ Enregistrement : Joseph Huston, piano – disponible sur Soundcloud http://bit.ly/2bZZxxe

Jeune compositeur britannique, Christian Mason a obtenu son doctorat de composition au King’s College à Londres en 2012. Il a depuis remporté de nombreux prix comme le Ernst von Siemens Musikstiftung Composer Prize et le British Composer Award 2012. Il a également séjourné en résidence à l’Académie de Lucerne pour la composition d’une œuvre symphonique. Déjà joué dans les plus grandes salles internationales, Christian Mason a été sollicité pour des commandes de la part d’institutions et de musiciens prestigieux comme Pierre Boulez à l’occasion de son quatre vingt dixième anniversaire ou encore par le Munich Chamber Orchestra. Christian Mason définit la composition comme une « recherche du son visant à proposer des expériences intangibles. » Ces expériences se retrouvent dans ses œuvres à travers un travail permanent sur les résonances et les différentes facettes d’un même son. La délicatesse est l’un des adjectifs qui semble le mieux refléter son esthétique.

David et Sally Beer lui commande il y a quelques années une pièce pour rendre hommage à leur fille décédée Heidi. “Spirit is always present, just as the sun is always shining above the clouds” (L’esprit est toujours présent, juste comme le soleil brille toujours au-dessus des nuages) est la phrase dont a découlé le titre de la pièce et sur laquelle le compositeur s’est penché pour écrire son œuvre.

Just as the Sun is Always est une pièce en un tenant, dont la structure s’organise autour de différentes émotions ou phrases expressives indiquées et rassemblées dans la partition : Joie, mélancolie, introspectif, Exubérant, avec l’energie de l’amour, comme une plume dans la brise, apaisé, contemplatif, Ethereal. De ces images découlent des tempi, dessinant eux mêmes huits mouvements.

C’est par le silence que débute la pièce, personnage tout aussi important que les notes, appartenant tout entier à la musique. De celui-ci émerge un son épuré qui se déroule dans de longues valeurs, obligeant tout de suite l’auditeur à prêter attention aux premières résonances apparues. Emphase de ces dernières, l’utilisation de la pédale sostenuto est désormais requise sur les accords de la main gauche, créant un monde harmonique ouaté et envoûtant. Les points d’orgue maintes fois employés prolongent cette impression d’un temps suspendu. La joie prend le relais de cette première intervention, le registre s’étend, les dynamiques s’élargissent et une effervescence certaine se dégage grâce à l’accumulation de notes et de rythmes complexes . Les résonances premières viennent se superposer à ces motifs rythmiques et mélodiques, fusion des deux idées exprimées depuis le début de la pièce. Jeu de lumière toujours renouvelé, les notes émergent maintenant des résonances telles des « rayons de soleil » tout à fait découverts lorsque les nuages se déplacent. Le tempo est toujours apaisé, n’explorant jamais les extrêmes. Le but de cette musique n’est pas la vitesse mais plutôt celui de prendre le temps pour profiter du son, pour écouter toujours.  L’exploration du son se fait en revanche dans les nuances, qui tout à coup, alternent de plus en plus vite entre les pianissimo et les forte jusqu’au climax fortississimo sur un accord augmenté triomphant. « Comme une plume dans la brise » instaure à nouveau un moment de légèreté, où les phrasés deviennent illustration des mots. S’enchaînent alors liaisons et staccato se faisant à la fois caresses et rebonds. Les accords semblent se disloquer, ils durent plus longtemps, la même note revient, immuable. Seule dans l’aigu du clavier elle semble inatteignable mais brille toujours et reste présente.

Jacques Lenot : Dramatis Personae (2007)

Jacques Lenot, Dramatis Personae (France / 2007)
Environ 7 minutes – Editeur : L’Oiseau Prophete
♦ Enregistrement : Winston Choi, piano – album: J. Lenot – Intégrale de l’oeuvre pour piano, INTRADA (2010)

Jacques Lenot est un compositeur au parcours musical atypique. Bien qu’il ait croisé le chemin de Gyorgy Ligeti ou Karlheinz Stockhausen, il se définit lui même comme autodidacte. Ayant collaboré avec les grandes figures du milieu musical telles qu’Olivier Messiaen ou avec de grandes institutions à rayonnement international comme l’IRCAM ou le Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, il a composé des œuvres pour différentes formations, épousant tous les genres, des pièces solistes aux opéras. Sa rencontre avec le pianiste Winston Choi, lauréat du Concours International de Piano d’Orleans 2002, lui a donné l’occasion d’enregistrer tout son corpus pour piano soliste en 2010 aux Editions l’Oiseau Prophète. Ce disque a remporté le « Choc » du Monde de la musique ainsi que le Grand prix du Disque de l’Académie Charles Cros.

Dramatis personae. Cette expression désigne la liste des noms de rôles figurant au début d’une pièce de théâtre. Avec ce seul titre et ces personnages sous-entendus,  la pièce de Jacques Lenot, pourtant pour instrument soliste,  est déjà emplie de dramaturgie. Ces derniers sont probablement l’ombre de ceux évoqués dans l’opéra J’étais dans ma maison et j’attendais que la nuit vienne, créé en 2007 et dont la musique et l’argument ont inspiré le compositeur pour sa pièce Dramatis personae, écrite la même année. Elle rend hommage à Jean-Luc Lagarce, comédien et metteur en scène, dont la pièce de théâtre  a été à l’origine de la musique de Lenot. Ce dernier explique même s’être basé sur un commentaire du programme pour se lancer dans sa composition et traduire les impressions émanant du texte littéraire en musique : »Chez Lagarce tout est laissé volontairement dans l’indétermination. Indétermination thématique d’abord (…) intdétermination énonciative ensuite : la systématique confusion des temps grammaticaux et les fréquentes ruptures de construction syntaxique ».

Ces indéterminations se retrouvent dans la partition à travers trois groupes mélodiques et rythmiques contrastants et s’alternant tout au long de la pièce. L’un interrompt le précédent, les fragments de thèmes qui semblent parfois émerger s’éteignent avant d’avoir pu se développer, le silence brise la musique et en rend le discours tout à fait discontinu. Les accords qui débutent la pièce sont saccadés, d’abord de façon physique par la distance sur le clavier entre chacun et par la même occasion par les registres extrêmes imposés. Viennent ensuite de longs arpèges continus dont l’atmosphère onirique sert de toile de fond à une note répétée et obsédante. Tout à coup, les notes s’enchaînent dans une courbe mélodique descendante dont la chute se termine dans un fracas d’accords. Les trois sections ont été exposées et peuvent maintenant revenir les unes après les autres dans d’autres combinaisons, d’autres variations.  Les répétitions de notes sont désormais associées à des nuances crescendo et decrescendo, accompagnant leur mouvement, les arpèges du début ont pris une couleur sarcastique. Les résonances de la pièce se sont petit-à-petit transformées, laissant entrevoir une fin sans espoir.

 

 

Dai Fujikura : Joule (2009)

Dai FujikuraJoule (Japon – 2009)
Environ 10 minutes – Editeur : Ricordi London
♦ Enregistrement : Sunwook Kim, piano – disponible sur YouTube http://bit.ly/2bIGyb4

Dai Fujikura naît au Japon mais s’installe à Londres dès l’âge de 15 ans. Tout d’abord attiré par la musique à l’image, il découvre successivement les œuvres de Boulez, Ligeti, Takemitsu et change la perspective de ses ambitions musicales. Son succès est immédiat, seul lauréat, durant sa seconde année de composition, au Concours International de Serocki, il décide tout de même d’approfondir les aspects techniques de la composition en visitant Darmstadt et c’est paradoxalement là-bas, qu’il entend pour la première fois de la musique traditionnelle japonaise. Expérimentant la spatialisation acoustique de l’orchestre qui se trouve dans ses pièces souvent physiquement positionné d’une façon alternative dans la salle (par exemple, l’orchestre reste autour du public et le public s’installe au milieu de la salle), il poursuit ses recherches musicales accompagné de figures telles que Péter Eötvös et George Benjamin. Pierre Boulez a également été un grand défenseur de son travail artistique notamment en lui demandant de lui écrire une pièce pour la célébration de ses 80 ans à la Cité de la musique avec l’Ensemble Intercontemporain. Joué par les plus grands ensembles et solistes du monde, Dai Fujikura est une voix importante de la musique contemporaine.

Joule, écrit pour le pianiste coréen Sunwook Kim, vainqueur du prestigieux Leeds International Piano Competition en 2006, est une commande de la BBC Radio 3. Cette Pièce, qui allie un intérêt considérable pour la technique pianistique à la recherche esthétique, débute avec un thème emprunté au jazz qui en se disloquant, ouvre la voie à de nouveaux univers rythmiques et harmoniques. Suit ici la note d’intention du compositeur.

« Un joule est une unité d’énergie. Ce travail partage la même idée que mon concerto pour piano Ampere. J’ai imaginé que cette énergie du pianiste pourrait couler à travers les doigts de ce dernier directement sur les touches du clavier, émergeant au dehors comme une aura…ce qui explique ces grandes différences de dynamiques et les changements de métronome. Ces changements sont le résultat de l’aura croissante et de l’énergie de cette aura directement transmise sur le piano. »

Pour visualiser la partition cliquez ici :
http://issuu.com/casaricordi/docs/joule_rev08may2013_fujikura_a4w/1

Adam Roberts : Lacuna (2010)

Adam RobertsLacuna (USA / 2010)
Environ 8 minutes – Inédit
♦ Enregistrement : David Hughes – disponible sur Soundcloud: http://bit.ly/2bZYSM7
♥ Prix Chevillion – Bonnaud au 9e Concours international de piano d’Orléans

Adam Roberts a étudié la composition à Eastman School of Music, à l’Université d’Harvard et à Vienne. Dans ses professeurs de composition, nous trouvons David Liptak, Augusta Read Thomas, Martin Bresnick, Bernard Rands, Joshua Fineberg, Julia Anderson et Chaya Czernowin. Sa musique est interprétée par des formations prestigieuses comme le Quatuor Arditti, le JACK Quartet, Alarm Will Sound, Le Nouvel Ensemble Moderne, l’Ensemble FA, et dans de nombreux festivals comme le Wien Modern (Autriche), Musique Biennale en Scène (Lyon) et au Summer Institute for Contemporary Permormance Practice (Boston). Adam Roberts enseigne l’histoire de la musique et la composition à l’Université Technique d’Istamboul et au Centre de recherches avancées. En 2011 il a été compositeur en résidence au prestigieux Tanglewood Music Center.

En 2010 il a été le lauréat du Prix Chevillon-Bonnaud durant la Ixème édition du Concours international de piano d’Orléans, grâce à l’interprétation du pianiste américain David Hugues de son morceau Lacuna.

Quelques mots du compositeur sur sa pièce :

« J’ai écrit Lacuna pour David Michael Hugues qui l’a créée pour la première fois au Concours International de Piano d’Orléans, une compétition qui se concentre sur la musique des XXème et Xième siècles et qui encourage ses compétiteurs à jouer une œuvre écrite pour l’occasion. J’ai connu David grâce à Stephen Drury, un brillant pianiste, maître de la musique nouvelle, qui avait à son tour rencontré David ultérieurement à Tanglewood. La première de cette pièce a eu lieu à Orléans. Lacuna se divise en trois sections. La première est fluide et angulaire et elle utilise tous les registres du piano comme un corps résonnant. La deuxième section est une danse maniaque, sorte d’hommage que je rends aux textures des études de Ligeti. La troisième section est plus méditative, elle résonne comme une réflexion sur les deux sections précédentes. »

Alice Ho : Aeon (2012)

Alice Ho, Aeon (Canada-Chine / 2012)
Environ 8 minutes – Editeur : CMC (Canadian Music Center)
♦ Enregistrement : Claudia Chan, piano – disponible sur le site internet de la pianiste http://bit.ly/2clttTB
♥ Nomination au Prix Chevillion–Bonnaud du 10e Concours international de piano d’Orléans

Claudia Chan, prix Claude Helffer au Concours International de Piano d’Orléans 2016 et pianiste actuellement résidente à la prestigieuse Fondation Royaumont, a présenté Aeon pour le Prix Chevillon-Bonnaud au Concours International de Piano 2010. Alice Ho est une des des plus acclamées parmi les compositrices qui écrivent de nos jours au Canada. Née à Hong-Kong, Alice Ping Yee Ho a écrit pour différents genres musicaux et a reçu de nombreux prix nationaux et internationaux. La critique décrit sa musique comme riche en dramaturgie et pleine de grâce, louant son “flux organique d’imagination”, son style bien distinct, sa technique orchestrale colorée et riche de qualités émotionnelles. Les influences évidentes dans son approche musicale fièrement éclectique sont l’utilisation des idiomes de la musique folklorique et de l’opéra chinois, des percussions africaines ou celles du Taiko japonais et certainement du jazz. Son objectif actuel est celui d’explorer de nouveaux styles musicaux en stimulant l’écoute d’une façon presque provocatrice.

Aeon décrit un aspect du temps et se découpe en deux parties « Melting Clock » et « Rapid Medidation ». Ces titres fantastiques sont inspirés du tableau surréaliste de Salvador Dali « La Persistance de la mémoire ». A travers les différents niveaux d’énigme que renferme ce tableau, la figure centrale est une montre étrange aux formes altérées qui symbolise la relativité de l’espace au temps. L’inconscience légère et à la fois  pesante de ces interrogations sont représentées par la vue de ces montres, comme si l’on restait méditatifs face à l’effondrement et la perte d’un certain ordre cosmique. Basée sur ces images oniriques et provocatrices, cette pièce pour piano est construite sur une multi stratification de motifs musicaux : il faut imaginer des clusters verticaux qui défilent dans la première partie et viennent se briser dans les passages chromatiques rapides et horizontaux de la seconde partie. L’idée de la « méditation » est traitée par la longueur de figures pianistiques très rapides. Ces éléments musicaux sont mis en valeur par une longue ascension ou par une chute libre, chacun étant parfois juxtaposé dans différents registres pour créer des nuances changeantes. La dramaturgie dans l’utilisation des voix et la référence nostalgique au piano romantique signifie un passage dans l’histoire du temps.

(c) Alice Ho

Stefano Gervasoni : Prés, Book 3 (2014-15)

Stefano GervasoniPrés, Book 3 (Italie / 2014-15)
environ 14 minutes – Editeur : Suvini Zerboni
♦ Enregistrement : Franco Venturini – disponible sur YouTube http://bit.ly/2bIi3cZ

Stefano Gervasoni, compositeur italien déjà intervenu au Concours Busoni pour la commande de Fantaisie, pièce pour voix, piano et orchestre, construit un univers musical intimement personnel, tourné à la fois vers la tradition et le neuf avec une attention particulière sur la perception et l’évolution des techniques instrumentales et compositionnelles. Elève historique de Luigi Nono, il est aujourd’hui pprofesseur de composition au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris et sa musique circule dans le monde entier, du Théâtre de la Scala au Suturi Hall de Tokyo en passant par la Philharmonie de Paris pour ne citer que quelques salles. Récemment interprétés par le pianiste et compositeur Franco Venturini, un des lauréats du Concours international de piano d’Orléans 2008, les Prés, sont un cycle de dix-huit pièces divisées en trois cahiers, écrits par Stefano Gervasoni entre 2008 et 2015.  » Dix-huit petits préludes ». De là, émerge le thème sous-jacent du cycle, décliné en six modes différents, répartis en trois sections : l’apparente insouciance d’un pré où jouent les enfants et la prémonition de quelque chose d’obscur en préparation. Le rôle du regard insouciant d’un enfant est d’ avertir au préalable l’adulte de la menace que que celui-ci ne connait pas ou ne peut pas ressentir.

Prétérit, Pressenti et Prédicatif, inaugurent le troisième cahier et font partie, selon la structure conçue pour chaque cahier des six pièces, d’un triptyque, ayant pour thème les déclinaisons du temps, dans cet ordre d’exposition : passé – futur – présent. Composés successivement, Pré d’après et Pré d’avant complètent le triptyque « temporel » suivi par Pré de près, morceau conclusif du cycle des Prés.

Dans Ces pièces, la fresque temporelle n’est jamais unidirectionnelle, les trois temps se conjuguent dans une dimension temporelle complexe dans laquelle le regard dirigé vers l’avant est en même temps un regard rétrospectif. Le mouvement purement perceptif-fonctionnel plus que celui de la conquête du présent, devient intuition de ce qui pourrait un jour arriver, un élan presque utopique pour modifier ce qui existe déjà, quand il est senti comme injuste ou inadapté ou insuffisant ; il est supporté par le désir de conserver pour transformer, dans le sens où le passé est entendu comme valeur, patrimoine et guide pour la connaissance, et devient un aliment indispensable pour la découverte.

Prédicatif est un hommage à Nono, et les deux sections qui le précèdent dans le triptyque des temps (Prétérit et Pressenti) sont inspirés à sa musique et à son personnage : le Nono nostalgique de l’ utopie future.

Dernière pièce, Pré de près, réemprunte le matériel des tierces majeures et mineures des trois premières pièces du premier cahier, ainsi que le mode d’écriture (les tierces) comme les poupées russes à l’intérieur l’une de l’autre. Dans ce passage, on assiste à la lente pousse des fils d’herbe d’un pré, observés de prés. Petit à petit une note s’ajoute à l’autre selon un procédé d’accumulation de tierces s’enveloppant, comme le lierre, aux notes d’une tierce ascendante et d’une tierce descendante. Deux arpèges lents s’entrelaçant d’une manière toujours différente.

Pour visualiser la partition cliquez ici :
http://www.stefanogervasoni.net/index.asp?page=catalogo&id=84&cat=solo

Philippe Hersant : Le Carillon d'Orléans (2016)

Philippe Hersant, Le Carillon d’Orléans (France / 2016)
Environ 14 minutes – Editeur : Durand-Salabert-Eschig / Universal Music Publishing Classical
Oeuvre commandée par OCI pour la Finale du 12e Concours international de piano d’Orléans
♦ Enregistrement : Marianna Abrahamyan, piano – Prix Sacem du Concours international de piano d’Orléans 2016

Né à Rome, Philippe Hersant a tout d’abord étudié la composition au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris auprès d’André Jolivet, avant de poursuivre son apprentissage à la Casa Velasquez de 1970à 1972 ainsi qu’à la Villa Médicis de 1978 à 1980. Ayant reçu de nombreux prix notamment celui du Grand prix SACEM de la musique symphonique ou encore deux Victoires de la Musique Classique, Philippe Hersant est à la tête d’un corpus de plus de quatre-vingt-dix pièces.

Faisant appel à un langage mêlant tonalité et modalité dans la lignée de la musique occidentale, le compositeur français  a été choisi pour écrire l’oeuvre contemporaine imposée aux finalistes du concours pour l’édition 2016. Cette création, intitulée le Carillon d’Orléans, pour piano seul, est éditée aux Editions Durand.

« Depuis fort longtemps je suis fasciné par les cloches. Elles sont très présentes dans mes œuvres (…) Lorsque j’ai participé au jury du Concours International d’Orléans 2014, je ne pouvais passer devant la cathédrale sans penser au carillon de quatre notes sur lequel Christophe Moyreau (titulaire des grandes orgues au milieu du XVIIIè siècle) écrivit ses Cloches d’Orléans. Françoise Thinat m’a depuis fait l’honneur de me commander une pièce pour le Concours 2016 et, tout naturellement, l’idée m’est venue d’écrire un grand carillon sur le motif qui inspira Moyreau voici trois siècles. J’imagine une musique tantôt éclatante et jubilatoire, tantôt nostalgique et lointaine. Une musique que je souhaiterais à la fois poétique et virtuose, et qui mettra en oeuvre tous les jeux de résonance que le piano nous offre. »

Pour visualiser la partition cliquez ici :
http://issuu.com/durand.salabert.eschig/docs/hersant_carillon_int_matrice_djb_20/1

Hector Parra i Esteve : Cell (Arch for Hystérie) (2016)

Hector Parra i Esteve, Cell (Arch for Hystérie) (Espagne / 2016)
Environ 9 minutes – Editeur : Durand-Salabert-Eschig / Universal Music Publishing Classical
H. Parra composera l’oeuvre imposée pour la Finale du 13e Concours international de piano d’Orléans  – commande OCI.
♦ Enregistrement : José Menor – extrait disponible sur Soundcloud: http://bit.ly/2bQEp9e

Ayant poursuivi des études de composition,d’ harmonie, de piano et de direction de chœur en Espagne, Hector Parra continue son apprentissage à l’Ircam à Paris où il est aujourd’hui devenu l’un des professeurs de composition de l’institution. Il remporte plusieurs prix pour ses oeuvres dont, entre autres, le prix de composition de l’Institut National de Musique d’Espagne et le Prix de composition Ernst von Siemens. Il reçoit des commandes de nombreuses institutions telles que le Freiburger Barockorchester, l’Ensemble Recherche ou encore l’Ensemble Intercontemporain.

Son opéra créé en 2014, Das geopferte Leben, sur un livret de Marie NDiaye a été salué par la critique et décrite comme « l’une des meilleures créations de l’année ».

Fascine par l’art , ce dernier est presque toujours une source intarissable d’inspiration extra musicale pour le compositeur et l’a amené à collaborer dans diverses projets avec des metteurs en scène, des artistes plasticiens et même des scientifiques.

Entre 2012 et 2016,  il compose un cycle de Cinq études d’art basées pour piano de « grande diffculté interprétative sur et inspirées par cinq artistes plasticiens actuels. » L’étude Cell (Arch for hysteria) est celle imposée pour la Finale du Concours International de piano d’Orléans 2016.

Quelques mots du compositeur sur son œuvre :

Cell est la dernière étude et la plus développée que j’ai composée pour ce cycle et qui en occupe la quatrième place. Elle est inspirée par l’installation homonyme de la grande artiste Franco américaine Louise Bourgeois. Pour elle, l’espace est une métaphore de la structure de notre propre existence, et toute son œuvre renvoie aux expériences qui ont marqué son enfance et son adolescence en France avant d’immigrer aux États-Unis.

Ainsi la mise en tension du corps humain que réalise prodigieusement Bourgeois dans cette installation de 1992, dont l’intérêt pour tout ce qui est articulation pour le comportement nerveux de notre corps et non pour ce qui est mental ou simplement physique, se traduit dans cette étude par une tension musicale soutenue qui semble ne pas avoir de limite mais qui à la fois ne semble pas avoir de «corps». – Les textures pianistiques évoluent constamment à l’intérieur d’un monde sonore instable et dramatique : pour Louise Bourgeois, faire l’expérience d’une installation, d’une sculpture, d’un drame (ce n’est pas un théâtre ). L’œuvre est violente, exaltée ( en pensant aux parties du corps en torsions hystériques qui ont été mutilées, la tête et les bras !).

Pour Bourgeois, une sculpture est comme un exorcisme de nos peurs mais en même temps, elle doit être très contrôlée : « une sculpture s’organiser comme on soigne une maladie : mieux vaut savoir ce que l’on fait» ajoutait avec une certaine ironie sarcastique l’artiste. Ainsi mon étude s’approche de la forme sonate tout en développant la dialectique entre discours discontinu et continuité musicale, entre tendresse et rudesse extrême, entre sécheresse et résonance, etc…

En même temps, je cite pianistiquement et non pas littéralement, certains passages de la littérature post-romantique. À la même époque où Charcot et d’autres médecins faisaient des recherches sur les causes profondes de l’hystérie.

Hèctor Parra

Pour visualiser la partition cliquez ici :
http://issuu.com/durand.salabert.eschig/docs/cell_arch_ms_20160930/1