Le temps recréé -

Le programme proposé par cet enregistrement Boulez, Carter, Boucourechliev, Mantovani Matalon est ambitieux, voyage dans le temps abordé par l’interprète avec toute la modestie demandée par Jean-Sébastien Bach pour l’exécution de ses Inventions.
Grâce à cet admirable et volontaire effacement, le temps nous est restitué avec l’inventivité des Notations de Pierre Boulez, claires et définitives, des pièces d’Eliott Carter foisonnantes d’idées, des œuvres plus proches de nous et représentatives de l’imaginaire actuel (Mantovani, Matalon), et enfin des six études d’après Piranèse qui joignent si justement l’esprit tourmenté du créateur des « carceri d’invenzione », aux vertiges fulgurants du compositeur Boucourechliev.
Grand lecteur de Marcel Proust, dans son livre « Le langage musical » Boucourechliev évoque du reste l’emprise exagérée de l’interprète vedette « c’est bien cet être que nous voyons à son piano (…) c’est lui qui parle au nom du compositeur, eternel absent, c’est lui qui rend vie à ces cahiers recouverts de signes muets, imparfaits. Vinteuil est un fantôme, un esprit immatériel au moment où sa musique résonne sous l’archet d’un Morel fétichiste, à la mèche rebelle. »
C’est pourtant le même Boucourechliev qui avec son esprit généreux et abondant ouvre les parties de son imaginaire à son interprète. Florence Cioccolani n’en abuse pas, elle maitrise tout au long du voyage le jeu intellectuel et les grilles proposées, grâce à la Forme respectée et aux formes domptées, elle rend la vie à ces musiques et recrée le temps passé.
Françoise Thinat